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Les Alfa Romeo Dauphine et R4 L: les françaises transalpines !

Dernière mise à jour : 23 nov. 2021

Des voitures Renault fabriquées et badgées par Alfa Roméo, il y a de quoi surprendre plus d'un.

L'histoire commence au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, quand Alfa Romeo doit reconstruire entièrement ses usines de Portello à Milan et de Pomigliano d'Arco près de Naples. Le constructeur milanais avait été nationalisé en 1933 et dépendait de la holding publique italienne tentaculaire IRI. Alfa Roméo reste donc un petit constructeur italien en comparaison du géant italien FIAT. L'entreprise qui produit alors des voitures de Luxes cherche à s'agrandir en produisant des voitures populaires, mais elles ne disposent pas encore de ce savoir faire. De l'autre coté des Alpes, Renault cherche de son coté à se développer à l'international, mais les droits de douanes de l'époque sont si élevés qu'il est plus rentable de produite localement la raison c'est le traité de Rome signé en 1957 par la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg qui marque les débuts d’un Marché Commun qui, comme son nom l’indique, se voulait avant tout économique, instaurant la libre circulation des marchandises et des biens. Renault produit deja sa Dauphine en Espagne par sa filiale FASA (qui deviendra une filiale de Renault). Le scénario est alors tout fait pour le coté italien, en 1958 est donc signé un accord de coopération entre les deux marques, à plusieurs volets. Renault devient le distributeur d’Alfa Romeo en France, tandis qu’Alfa s’apprête à produire la Dauphine puis sa version plus cossue l’Ondine sur ses chaînes de Portello, près de Milan. En outre, quelques partenariats auront lieu entre les deux marques pour les véhicules utilitaires.


L'Alfa Roméo Dauphine



La production de la Dauphine débutera en 1959, en CKD. Elle se différencie peu d’un modèle basique, mais porte sur ses flancs et à l’arrière la mention « Dauphine Alfa Romeo » (ou bien « Ondine Alfa Romeo »). Quelques menues détails esthétiques sont différents du modèle français, mais pour le reste, ce sont bel et bien des jumelles.

La Dauphine devient ainsi un modèle Alfa Romeo et est nationalisée italienne afin de ne pas payer les droits de douane à l'importation. Au niveau des pièces détachées, Renault-Italia dispose de l'exclusivité de la vente des pièces de rechange. Elle se fait également à travers le réseau Alfa Romeo.

La ligne de montage de la Dauphine est installée dans l'usine Alfa Romeo de Portello, à Milan, à côté de celles des Giulietta et Alfa 1900. La ligne est inaugurée le 4 juin 1959 en présence du PDG de la Régie Renault, Pierre Dreyfus. Elle est vendue à sa sortie 890.000 Lires mais très curieusement, on trouve toujours des modèles importés de France au catalogue à 950.000 Lires chez les concessionnaires Renault alors que le constructeur français s'était interdit la vente à partir du moment où le modèle serait commercialisé par Alfa Romeo.

La Dauphine fabriquée à Milan connait un certain succès les premières années avec 6.452 exemplaires vendus en 1959 et 20.047 unités en 1960, mais inférieur aux espérances. En mai 1960 la boite à 4 rapports de la Dauphine Gordini est enfin livrée par Renault pour être montée de série sur toutes les voitures produites en Italie. La boîte de vitesses à 3 rapports représentait un sérieux handicap pour la clientèle italienne.

En octobre 1960, Alfa Romeo commence la production du modèle Ondine, version plus aboutie et luxueuse de la Dauphine dans l'espoir de satisfaire une clientèle plus nombreuse. Les dirigeants d'Alfa Romeo avaient souhaité augmenter sensiblement la puissance du moteur mais ce fut un refus de Renault qui n'en disposait pas. Pour faire face à la terrible concurrence de la Fiat 600, elle est vendue 845.000 Lires ce qui va de fait obliger la baisse du prix de la Dauphine à 795.000 Lires en décembre 1960. La carrière de l'Ondine sera très brève et se terminera en septembre 1962 après environ 2.000 voitures produites. Certains stocks d'invendus ont été exportés en France.

Le volume des ventes ne cesse de baisser à partir de 1961 avec 19.297 exemplaires Dauphine et Ondine confondues, tombe à 11.786 en 1962 et 6.347 en 1963.

Pour le millésime 1964, les freins à disque sont enfin montés de série mais malgré cela, seulement 6.447 Dauphine trouveront preneurs. La chute des ventes s'amplifie encore pour tomber à 3.120 unités en 1965 et seulement 345 en 1966. Les luttes intestines entre Renault et Alfa Romeo se rejetant mutuellement la faute sur le manque d'évolution du modèle et son moteur de trop faible puissance aboutissent à l'arrêt de la production.

En fait, dès le début les apparences étaient trompeuses, car les deux "partenaires" se méfiaient mutuellement l'un de l'autre. Le contrat bilatéral fut d'ailleurs très vite rendu caduc, car si le réseau Alfa Romeo a bien distribué la Dauphine en Italie, Renault a continué à la vendre directement dans son réseau italien et pire encore, s'est avéré incapable de commercialiser la moindre Giulietta qui ne sera jamais exposée dans ses concessions françaises.

L'aventure avec Renault se soldera donc par un échec.