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La Sauterelle et l’Aérosable

Le génie mécanique du futur constructeur d’avions Emile Dewoitine, et sans doute les loisirs dont il dispose à Biskra, lui permettent de participer à la construction d’un étrange engin conçu par le lieutenant de Lafargue dans le but, téméraire, d’assurer des liaisons rapides au Sahara. Le singulier véhicule, construit avec l’aide des sapeurs Delaunay et Louis Mourier et du caporal Cros, possède un châssis en tubes d’acier suspendu par sandows sur trois points et articulé dans tous les sens, ce qui permet la déformation de la suspension dans les terrains accidentés. Il est monté sur trois essieux portant chacun deux roues jumelées d’avion. Le moteur rotatif Gnôme 50 chevaux attaque directement une hélice quadripale propulsive. La marche de ce curieux véhicule de 350 kilos consiste en une série de bonds qui devraient lui permettre de franchir les zones sablonneuses sans s’y enliser et qui lui ont donné son nom : la Sauterelle. La principale difficulté est de l’arrêter car, en l’absence de ralenti et de frein moteur, le conducteur coupe le moteur et les passagers s’arc-boutent dans le sable pour stopper l’engin capable d’une vitesse de 60 km/h. Le succès de la Sauterelle amène de Lafargue à modifier une voiture Brasier dont le moteur Clerget 60 chevaux entraîne alors une hélice propulsive à six pales. Cet Aérosable parvient à relier Biskra à Touggourt à une vitesse moyenne de 50 km/h. Le général Bailloud, lui-même, se fait transporter sur une cinquantaine de kilomètres. Essayée jusqu’en 1914, l’Aérosable effectue la randonnée Touggourt-Ouargla-El Oued. Encouragé par ces succès, de Lafargue va jusqu’à étudier un projet de véhicule amphibie dont les roues amovibles pourraient être remplacées par une coque en bois glissant sur la surface des chotts sahariens. Lancée le 24 décembre 1912, cette épopée laissera à de La Fargue le souvenir d’un Noel hors du commun:

« Partis de Biskra avec le caporal Dewoitine comme mécanicien, nous mîmes cinq heures pour atteindre Touggourt, soit 50 km de moyenne horaire, malgré une piste aux ornières effrayantes creusées quotidiennement par les roues de la diligence des frères Deviq. L’arrivée à Touggourt fut encore plus sensationnelle qu’en avion car, en m’engageant dans la grande rue principale, c’est dans un torrent de poussière que j’avançais, plaquant au mur dans le souffle de mon hélice les passants, faisant voler burnous, guenours et chèches. Ce fut une belle panique... ».

Nos deux aventuriers quittent rapidement Touggourt pour Ouargla mais 120 km restent encore à parcourir lorsque la “Sauterelle” présente ses premiers signes de fatigue : le sable ayant rongé le bord d’attaque de l’hélice, le curieux engin ne développe plus que la moitié de sa puissance! De La Fargue ordonne à Dewoitine de se diriger vers le Square-Bresson, à 50 km seulement: « La nuit saharienne arrive maintenant très vite quand j’aperçois au ras du sol la tête sombre des palmiers du Square-B resson. Ils sont enterrés dans une petite cuvette sablonneuse et, à l’abri du vent, ont poussé pour la plus grande joie du voyageur suivant cette piste ingrate et monotone allant de Touggourt à Ouargla ». Au lendemain d’un réveillon plus qu’insolite, ils font une entrée remarquée à Ouargla où « d’anciens esclaves soudanais manifestent bruyamment leur joie : you-you, tam-tam, coups de feu... rien n’y manque. Mon camarade Pommier, après les premières effusions, me dit “comment vas-tu rentrer dans la ville ? la porte est trop étroite... Bah, on va abattre un pan de mur du rempart”. Chose dite, chose faite et des dizaines d’Ouarglis, riant et chantant, commencent à démolir les murs en pisé pour nous ouvrir un passage de cinq mètres de large, dont les décombres nous font un plan incliné sur lesquels, au milieu des cris de la foule, sou f- fiée par l’hélice et arrosée de sable, je m’engage pour venir atterrir sur la place Flatters, devant la popote des officiers sahariens ».



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