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Georges IRAT : "La Voiture du Bled" pour l'Afrique du Nord

A la fin des hostilités en 1945, la France se trouve démunie dans tous les domaines, notamment dans celui des transports ; les automobiles et les camions de marques françaises se font rares. Les forces américaines laissent sur place des milliers de véhicules qui pallient à cette pénurie et qui serviront longtemps dans les rangs de l’armée française.



Au salon de l’automobile de 1947, le public découvre un petit engin, présenté par la Compagnie des Moteurs DOMMARTIN. Capable de rouler sur tous les types de routes ou chemin, elle est mue par un moteur bi-cylindre à plat de 804cm3 de moto Gnôme& Rhone qui équipe les motos militaires AX2. Elle est capable de rouler à 80 km/h, gravir une pente de 35 % et franchir un gué de 50cm. Une toute petite série sera construite avant l’abandon du projet.

Georges IRAT, très connu avant guère pour ses voitures de course, se retrouve à la fin des années 40 en situation financière délicate. Comme nombre de petites sociétés automobiles françaises, il est pénalisé par le plan PONS qui rationalise les constructions, visant à limiter le nombre d’automobiles autorisées à être construites. Il présente quand même quelques prototypes de véhicules de sport, sans succès. Georges IRAT décide alors de changer de cap, finit les voitures de courses, place au véhicules tout terrain à vocation militaire. IRAT s’est, depuis 1949, installé au Maroc, à Casablanca, pour des raisons financières. Sa nouvelle entreprise prend le nom de Société Chérifienne d’Etudes des Automobiles GEORGES IRAT. Il s’est entouré de l’ingénieur Emile PETIT qui dessine les plans de la future petite voiture, très semblable au prototype de Dommartin.

La petite voiture, décapotable à 3 places, voit le jour. Elle prend le nom de « voiture du Bled », type A. Longue de 3,20m, large de 1,90m, elle comprend un pare brise rabattable et on lui installe à l’arrière, un moteur de 610 cm³ de 28ch qui équipe les Panhard Dyna. L’aménagement intérieur est original, avec un volant central, trois sièges disposés en trèfle, dont deux places à l’arrière. Sa boite de vitesses est à trois rapports pour la route auxquels est adjoint un démultiplicateur qui permet en tout terrain, de disposer de trois vitesses supplémentaires. Seules les roues arrières sont motrices.

Coté performances, la voiture roule à 80 km/h sur route, peut franchir des gués de 50cm et gravir une pente de 40 %. A son réservoir à carburant principal, on peut lui adjoindre une extension pour deux jerricans fixée sur une remorque lui conférent une autonomie d’environ 1500 km.


Les essais ont lieu discrètement sur les pistes marocaines et au Salon de l’Automobile de 1950 au Grand Palais, Georges IRAT expose deux prototypes. L’une d’entre elle sera exposée avec une remorque. Dès lors, le véhicule commence ses essais au camps de Satory puis présenté au public à Montlhery en 1951.

Fort du soutien du Maréchal JUIN, Georges IRAT passe une commande d’une trentaine de moteur de 610 cm³ et 3 de 750 à la société Panhard. En 1951, toujours lors du Salon de l’Automobile, nouvelle exposition avec un nouvel attelage qui suit exactement les traces des roues du véhicule. Le nouveau prototype a subit quelques transformations, notamment au niveau des portières qui sont remplacées par des échancrures comme sur la Jeep. Malheureusement, la déception est grand, la société ne remporte pas de commande et IRAT décide alors d’abandonner le projet de la « voiture du bled » et rentre en France. Il va créer une nouvelle société, la SEAVB (Société d’Etudes Automobiles pour la Voiture du Bled) qui prend siège à Paris.

Un nouveau prototype, dénommé « type B » est présenté à nouveau sur le stand IRAT au Grand Palais en 1953. Modifié avec une ligne plus séduisante, le nouveau modèle est équipé d’un moteur Panhard de 750cm3. Le reste du véhicule ne change guerre, toujours trois places et seules les roues arrière sont motrice.

En même temps que le modèle B, IRAT va étudier un modèle amphibie. Le type C. Ce dernier véhicule intéresse deux sociétés qui entrevoient une possibilité afin d’en équiper les troupes aéroportées. Il s’agit des sociétés SAGA ( Société Anonyme de Gérance et d’Armement) et le constructeur aéronautique SCAN. Au moins 32 exemplaires ont du être construits, le seul modèle existant portant ce n° de série. Enfin, une autre version du type C va être fabriqué et étudier par les ateliers AMX. Il s’agit d’un véhicule amphibie, à 4 places, très maniable et stable en milieu aquatique. Ce modèle sera agréé par le Services des Mines en novembre 1954.



Malgré l’espoir du constructeur de fabriquer une dizaine de véhicules, la voiture du bled ne peut pas rivaliser à la célèbre et prouvée Jeep Willys (qui est fabriqué sous licence par Hotchkiss), handicapée par son absence de roues motrices avant alors que sa concurrente peut aisément passer du mode 4x2 en 4x4…

Seuls deux exemplaires sont connus actuellement. Retrouvés dans les stocks du musée des blindés de Saumur, ils ont été remis en état et sont aujourd’hui exposés dans la salle des « curiosités ».



Le cahier des charges de La voiture du Bled



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